Anthropologie Philosophique - Notes de Cours

I. Définition de l’anthropologie philosophique

  • L'anthropologie philosophique n'est plus le seul domaine de l'anthropologie.
  • De nombreuses sciences empiriques étudient l'anthropologie : biologie, physiologie, psychologie, sociologie, sciences culturelles et religieuses.
  • Il existe une anthropologie médicale, psychologique, sociologique, culturelle et religieuse.
  • Les sciences sont limitées dans leur nature et leur méthode et ne peuvent appréhender l'homme dans sa globalité.
  • Elles doivent être intégrées dans leur totalité pour comprendre l'homme.
  • L'anthropologie philosophique a pour tâche de saisir l'être humain dans son intégralité et de déterminer sa place dans le monde.

II. Conceptions de l’homme et de l’humanité

  • Sophocle : "ENTRE TANT DE MERVEILLES DU MONDE, LA GRANDE MERVEILLE, C'EST L'HOMME."

Extrait A : Le roseau pensant (Blaise Pascal)

  • L'homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant.
  • L'univers peut l'écraser, mais l'homme est plus noble car il sait qu'il meurt, contrairement à l'univers.
  • La dignité de l'homme réside dans la pensée.
  • Il faut travailler à bien penser, c'est le principe de la morale.

Extrait B : Menscheit und Menschlichkeit

  • L'appartenance au genre humain (Menschengeschlecht) n'implique pas l'humanité (Humanität).
  • Il faut distinguer la qualité d'être humain (Menschlichkeit) et la vertu d'humanité (Humanität).
  • L'humanité (Menschheit) comme horizon éthique se distingue de la simple appartenance au genre humain.

Extrait C : La raison et le corps (John Locke)

  • Si une créature ressemble à un homme mais n'a pas plus de raison qu'un chat, on l'appellera homme.
  • Si un perroquet discourt raisonnablement, on l'appellera perroquet.
  • L'idée d'un homme inclut un être pensant et un corps formé d'une certaine manière.

Extrait D : Scala naturæ (Aristote)

  • La vie est partagée avec les végétaux, la sensibilité avec les animaux.
  • Ce qui est propre à l'homme est la vie pratique de la partie rationnelle de l'âme.
  • Cette partie est soumise à la raison ou possède la raison et l'exercice de la pensée.

Extrait E : L’homme à l’image de Dieu (La Genèse)

  • Dieu créa l'homme à son image et lui donna la domination sur les autres créatures.
  • Il créa l'homme mâle et femelle, les bénit et leur dit de remplir la terre et de la dominer.

Extrait F : L’homme en accord avec sa constitution (Marc Aurèle)

  • Chaque être doit accomplir ce qui est en accord avec sa constitution.
  • Les êtres raisonnables sont faits les uns pour les autres, la sociabilité est essentielle.
  • L'homme doit résister aux sollicitations corporelles.
  • L'intelligence doit prédominer sur les sens et l'instinct.
  • L'homme ne doit pas être prompt à juger ni facile à duper.

Comment définir l’homme ?

  • Définir l'homme n'est pas simple : animal qui parle, raisonne, vit en société, travaille, rit, crée ?
  • Un débile profond reste un homme, même sans ces capacités.
  • La définition de Linné ("Animal rationale, loquens, erectum, bimane") n'est pas suffisante.
  • Il faut un critère générique, non normatif : l'interfécondité (reproduction avec un autre membre de l'espèce).
  • Mais cela ne vaut pas pour l'individu (un homme stérile reste un homme).
  • Un critère individuellement opératoire est la filiation : un être humain est né de deux êtres humains.
  • Cette définition est circulaire, mais c'est un fait de l'espèce.
  • Les naturalistes définissent l'espèce : homo sapiens, mammifère, primate, avec des caractères génétiques spécifiques (cerveau plus gros, pouce opposable, larynx apte à la parole).
  • La filiation fait l'homme, pas ses performances.

Définition : Essence

  • L'essence d'un être est ce qu'il est vraiment, sa nature profonde.
  • C'est ce qu'il y a de plus intime et d'essentiel dans la nature de la chose.
  • C'est ce qui est pensé comme immuable et éternel, par opposition à l'existence transitoire.

L’essentialisme

  • L'essentialisme regroupe les positions anthropologiques qui stipulent l'existence d'une nature humaine (essence).
  • Il existe des traits définitoires dont tous les individus de l'espèce humaine disposent.
  • La conception aristotélicienne (zoon logon echon, animal rationnel) est essentialiste.

III. La Conception humaniste de l’homme

III.1 Définition : Humanisme

  • Du latin humanitas, « humanité » mais aussi « culture humaine ».
  • L'humaniste se consacre à l'étude de l'humanitas, la culture de l'humain en général.
  • En philosophie, l'humanisme souligne le rôle central de l'homme dans le monde.
  • Il met en relief sa capacité d'émancipation et d'autodétermination par l'éducation.
  • L'humanisme promeut l'étude des littératures grecque et latine comme modèle d'éducation.
  • Il est lié à la naissance de la philologie (restitution et interprétation des œuvres du passé).
  • La philosophie humaniste donne une position centrale à l'homme, médiateur entre les degrés de l'être.
  • L'humanisme donne la primauté à la vie active sur la vie contemplative.
  • La nature de l'homme est constitutivement morale et politique.
  • L'humanité est le produit d'une éducation qui permet à l'homme de s'élever, de s'arracher à l'animalité.
  • L'élévation de l'homme est le fruit d'une volonté d'émancipation et d'autodétermination par la raison.
  • L'homme est souvent représenté comme un centaure, tiraillé entre le sensible et l'intelligible.

III.2 Les différentes dimensions de l’humanisme

TEXTE 1 : LE CENTAURE DE MACHIAVEL

  • Il y a deux manières de combattre : les lois (propre de l'homme) et la force (propre des bêtes).
  • Un prince doit savoir user des deux natures.
  • Achille fut éduqué par le centaure Chiron, moitié homme moitié bête.

TEXTE 2 : PIC DE LA MIRANDOLE - L’HOMME LIBRE

  • Dieu créa l'homme capable de concevoir et d'admirer sa création.
  • Il créa l'homme de nature indéterminée et le plaça au centre de l'univers.
  • Dieu dit à Adam qu'il peut choisir sa place, sa forme et ses fonctions.
  • L'homme ne participe ni des cieux ni de la terre, il est libre de se façonner.
  • L'homme a le pouvoir de posséder ce qui lui plaît et d'être ce qui lui semble bon.

TEXTE 3 : ÉTIENNE DE LA BOÉTIE - MEMBRES D’UNE COMPAGNIE

  • La nature nous a tous faits de même forme, comme compagnons et frères.
  • Si elle a donné des avantages à certains, c'est pour que les autres puissent aider et recevoir de l'aide.
  • La nature ne nous a pas mis en servitude, mais comme membres d'une compagnie.

TEXTE 4 : RABELAIS - SCIENCE ET CONSCIENCE

  • Il faut apprendre les langues (grec, latin, hébreu, etc.).
  • Il faut étudier les arts libéraux (géométrie, arithmétique, musique, astronomie).
  • Il faut connaître le droit civil, les faits de nature (animaux, plantes, métaux, etc.).
  • Il faut revisiter les livres des médecins, faire des anatomies.
  • Il faut visiter les saintes Lettres.
  • Il faut servir, aimer et craindre Dieu.
  • La science sans conscience n'est que ruine de l'âme.

IV. La conception existentialiste de l’homme

IV.1 L existentialisme selon Sartre

IV.1.a La conception générale

IV.1.c Sartre texte (première partie)

  • L'existentialisme estime que l'existence précède l'essence.
  • Pour un objet fabriqué (coupe-papier), l'essence (recettes et qualités) précède l'existence.
  • Dieu est souvent assimilé à un artisan supérieur qui sait ce qu'il crée.
  • L'existentialisme athée dit que si Dieu n'existe pas, l'existence précède l'essence chez l'homme.
  • L'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et se définit après.
  • L'homme n'est d'abord rien, il sera ensuite tel qu'il se sera fait.
  • Il n'y a pas de nature humaine, car il n'y a pas de Dieu pour la concevoir.
  • L'homme est tel qu'il se conçoit et se veut.

IV.1.d Transfert : L’existentialisme et le Transhumanisme

  • Le transhumanisme exprime l'idée que l'humain peut être « augmenté » par la technologie.
  • Il ne s'agit pas de créer un « surhomme parfait », mais de permettre à l'être humain de « devenir plus ».
  • L'humain n'est pas figé, il peut évoluer par la technologie.
  • Il faut développer la richesse et la diversité de l'être humain.
  • Nous avons un gigantesque potentiel d'évolution.

IV.1.e Transfert (II): L’existentialisme et les saints

  • Tarrou s'intéresse à savoir comment on devient un saint sans Dieu.
  • Le docteur préfère la solidarité avec les vaincus et souhaite être un homme.

IV.2 Le rapport entre existentialisme et humanisme selon Sartre

IV.2.1 Sartre texte (deuxième partie)

  • L'existentialisme est un humanisme.
  • Il rend la vie humaine possible et toute vérité implique un milieu et une subjectivité humaine.
  • L'humanisme a deux sens : prendre l'homme comme fin et valeur supérieure (absurde) ou considérer que l'homme est constamment hors de lui-même.
  • L'existentialiste ne prend jamais l'homme comme fin, car il est toujours à faire.
  • Il n'y a pas d'autre univers qu'un univers humain, l'univers de la subjectivité humaine.
  • L'humanisme existentialiste rappelle à l'homme qu'il n'y a d'autre législateur que lui-même.
  • Il ne se réalise pas en se retournant vers lui, mais en cherchant hors de lui un but.

V. En quoi consiste la position particulière de l’homme ?

V.1 La réponse de Platon

  • Les dieux façonnent les races mortelles avec un mélange de terre et de feu.
  • Prométhée et Épiméthée distribuent les qualités entre les espèces.
  • Épiméthée donne aux uns la force, aux autres la vitesse, etc.
  • Il se préoccupe d'empêcher aucune race de disparaître.
  • Il revêt les animaux de poils et de peaux pour les protéger des intempéries.
  • Il procure à chacun une nourriture distincte.
  • Épiméthée oublie d'équiper l'homme.
  • Prométhée dérobe l'habileté artiste d'Héphaïstos et d'Athéna (avec le feu) et en fait présent à l'homme.
  • L'homme possède les arts utiles à la vie, mais la politique lui échappe.

V.2 La réponse d’Arnold Gehlen

  • L'homme est une « créature lacunaire » avec une déficience en armes et protections organiques.
  • Ses instincts sont déstabilisés et ses sens sont modestes.
  • L'homme est exposé à la nature brute et ne pourrait vivre sans transformer la nature.
  • L'homme a un habitus « embryonnaire » (Louis Bolk), des particularités organiques primitives.
  • La « Retardation » explique la longue période de développement avant la maturité sexuelle, la longue période sans défense dans la petite enfance, la longévité exceptionnelle.
  • La « non-spécialisation » permet de comprendre l'homme dans sa position singulière.
  • Les hommes doivent trouver des institutions qui les protègent contre leur propre nature, contre l'excédent d'impulsions, contre l'ouverture au monde, contre la déspécialisation des sphères instinctives.

Résumé : En quoi consiste la position particulière de l’homme ?

La réponse de Platon

  • Après la création des espèces vivantes, Épiméthée distribue les qualités entre les espèces, mais oublie d’équiper l’homme.
  • Contrairement aux autres espèces, l’homme est nu (sans armes ni protection).
  • Prométhée dérobe l'habileté artistique et le feu (métaphore de la sagesse) des dieux et les offre à l’homme.
  • L’homme peut fabriquer des artefacts pour compenser son manque de facultés naturelles.
  • L’homme occupe une position de supériorité grâce aux qualités divines conférées par Prométhée.
  • La suprématie de l’homme résulte de son infériorité initiale.

La réponse de Gehlen

  • L’être humain est une « créature lacunaire » caractérisée par l’absence de spécialisations morphologiques.
  • Les espèces non humaines disposent d'« armes organiques » et de « moyens de protection organiques ».
  • L’homme est marqué par son manque d’adaptation à un milieu naturel : ni armes organiques, ni moyens de protection naturels, mais des « primitivités » ou des « retardations » évolutionnaires.
  • Les animaux réagissent instinctivement aux stimuli, mais l’homme est marqué par son « ouverture au monde » : il est délié de ses instincts/de ses désirs naturels dans la mesure où il est forcé d’interagir consciemment avec son entourage.
  • L’ouverture au monde rend possible la « transformation intelligente de la nature », car elle permet à l’homme de prendre des décisions conscientes.
  • L’absence de spécialisations morphologiques rend donc la transformation de la nature possible (« ouverture au monde ») et nécessaire (« créature lacunaire »).
  • En manipulant son environnement naturel, l’homme crée un monde culturel adapté à ses besoins spécifiques. Il s’élève ainsi au-dessus des autres espèces, qu'il soumet et domine.

VI : Karl Marx – le travail et l’aliénation

VI.1 Le Travail

Texte 1

  • Adam Smith conçoit le travail comme une malédiction.
  • Marx, lui, pense que surmonter des obstacles peut être une activité de liberté.

Texte 2

  • Le travail est un moyen de satisfaire le besoin de conservation de l'existence physique.
  • L'activité libre, consciente, est le caractère générique de l'homme.
  • L'animal s'identifie directement avec son activité vitale, l'homme en a conscience.
  • L'homme produit d'une façon universelle, même libéré du besoin physique.
  • L'homme façonne d'après les lois de la beauté.

VI.2 Aliénation

Texte 3

  • Le travail est extérieur à l'ouvrier, il n'appartient pas à son essence.
  • L'ouvrier ne se sent à l'aise qu'en dehors du travail.
  • Le travail est contraint, c'est du travail forcé.
  • Le travail est un sacrifice de soi, une mortification.
  • L'ouvrier ne s'appartient pas lui-même, mais appartient à un autre.

Texte 4

  • La division du travail est l'expression économique du caractère social du travail dans le cadre de l'aliénation.

Marx : travail et aliénation du travail (résumé)

  • Base matérialiste : la conscience est déterminée par la vie
  • Le travail est le moyen de satisfaire le besoin de conservation de l'existence physique.
  • L'animal transforme la nature instinctivement, l’homme la transforme consciemment.
  • Le travail aliéné réduit l’activité vitale consciente de l’homme à un pur moyen d'existence. L’homme s’instrumentalise lui-même pour survivre.
  • Communisme : abolition de la propriété privée et appropriation réelle de l'essence humaine par l'homme.