ATTACHEMENT

Savez-vous que, pendant longtemps, on a pensé que le besoin d’amour reposait sur le besoin d’être nourri ? En tout cas, la nature des premiers liens entre l’enfant et sa mère ou toute personne qui répond de façon continue, constante, à l’enfant et qui est accessible, disponible quand celui-ci est inquiet, a été très étudiée depuis le XIX siècle. Mais il a fallu attendre les travaux de différents chercheurs en psychologie, mais aussi en éthologie, pour que l’on parvienne à cette conclusion : aimer et être aimé sont aussi important pour se développer physiquement et mentalement que manger pour grandir !


Comment les psychologues du développement sont-ils parvenus à montrer cela ?
Tout d’abord ce sont les études sur les animaux et en particulier les oies cendrées, qu’un éthologue, c’est-à-dire un spécialiste du comportement animal, Konrad Lorenz, en 1935, a proposées qui nous ont appris qu’un oison quand il nait suit partout le premier objet mobile qu’il voit! Et en général la nature est bien faite, et le premier objet en mouvement qu’un bébé oie voit, c’est sa maman. Donc il la suit partout, et c’est déterminant pour son avenir, notamment pour le choix du partenaire sexuel, et bien d’autres conduites encore. Ce phénomène s’appelle l’empreinte : c’est un processus d’attachement social de reconnaissance de son espèce.


Ensuite, les observations de René Spitz, dans des orphelinats lors de la 2ième guerre mondiale, en Angleterre, ont eu une portée importante sur la théorie de l’attachement : lorsqu’un bébé est privé de mère, un bébé orphelin ou lorsque la mère est emprisonnée, et qu’il n’a pas pu construire de relation satisfaisante avec quelqu’un d’autre, ce bébé, après une première phase de protestation et de désespoir, ne mange plus, se renferme et devient indifférent à l’entourage. Il maigrit et ne dort pas bien. Ces bébés ne grandissent plus, leurs acquisitions motrices, intellectuelles, régressent. Spitz a parlé d’hospitalisme pour décrire ces symptômes liés à la privation d’une relation affective privilégiée.


Ces deux types de travaux, sur, d’une part, les animaux, et d’autre part, les bébés privés de leur mère et de toute relation satisfaisante, qui développent donc l’hospitalisme, décrit par Spitz, ainsi que des travaux d’un couple d’éthologues américains, les Harlow, que nous allons évoquer brièvement, vont permettre à Bowlby de proposer sa théorie de l’attachement.


Les Harlow ont réalisé une expérience ingénieuse. Des bébés singes peuvent aller se nourrir sur des mères artificielles qui ne donnent qu’à manger mais qui sont dépourvues de fourrure, ou bien ils peuvent aller sur des mères douces, donc, au pelage doux, agréable, pour se blottir mais qui ne les nourrissent pas. Ils ont montré que les bébés singes passent la plupart de leur temps accrochés à leur mère douce, et que ceux privés d’amour vont développer l’hospitalisme dont a parlé Spitz.


Ces différentes études vont permettre à John Bowlby de proposer sa théorie de l’attachement : le besoin d’être en contact physique avec autrui est fondamental et premier, tout autant que le besoin d’être nourri. L’enfant a besoin de contacts physiques adaptés, d’être porté, câliné, réconforté,... un attachement réussi renvoie donc au fait que l’entourage répond de façon adéquate aux signaux de l’enfant, et permet à l’enfant de construire une base de sécurité, à partir de laquelle se développe la confiance en soi, la sécurité, qui lui permettra ensuite d’explorer le monde, d’affronter les séparations et pertes qui ponctuent l’existence.


« Le nourrisson et le jeune enfant doivent expérimenter une relation chaleureuse, intime, et continue avec sa mère, ou tout substitut maternel permanent, dans laquelle les deux trouvent satisfaction et plaisir »
(citation de John Bowlby).


L’absence de ce type de relation conduit donc à des dommages considérables sur la santé psychologique de l’enfant et de l’adulte qu’il deviendra.
Différents types d’attachement ont été mis en évidence par une collaboratrice de Bowlby, Mary Ainsworth, qui a proposé une expérience. Dans celle-ci, elle fait varier des moments de séparation puis de retrouvailles avec la figure d’attachement. Cette situation bien que fortement critiquée, puisqu’elle génère parfois une forte angoisse chez l’enfant, a permis d’identifier 3 formes d’attachement :

  • l’attachement sécure ou sécurisé, qui est le plus fréquent : l’enfant proteste quand la mère s’en va, mais l’accueille avec plaisir quand elle revient,

  • l’attachement in sécure - évitant : l’enfant est peu affecté par la séparation, et évite la mère lors des retrouvailles,

  • l’attachement in sécure - ambivalent ou résistant : l’enfant montre de la détresse lors de la séparation et lors des retrouvailles ; il y a un mélange de contact et de rejet.


Pour conclure sur ces premiers liens : très tôt donc, pour se développer, l’enfant a besoin d’un entourage qui réagit en adéquation avec ses demandes et ses besoins. Il apprend ensuite à reconnaître les figures d’attachement, et il construit aussi des relations d’attachement bien spécifiques. Il existe plusieurs figures d’attachement dans la vie de l’enfant avec la mère, le père, la nounou, les éducateurs, les grands-parents, les frères, les sœurs, les amis… qui peuvent jouer un rôle similaire pour son développement.


Ces travaux ont eu des retombées importantes, dans les crèches notamment, lors de la formation du personnel y intervenant, en travaillant sur la séparation, sur l’importance que les parents ne soient pas éloignés de l’enfant lors d’hospitalisation, par exemple, avec la création les maisons des parents…